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    Jean Geronimo|O va la Russie ? Moscou, la recherche dune identit post-sovitique|18.10.2009 

    Jean Geronimo

    O va la Russie ? Moscou, la recherche dune identit post-sovitique


    "La Russie aura un niveau d'armement tel que personne n'aura l'ide de menacer notre pays ou nos allis."1 D. Medvedev Prsident de la Fdration de Russie 10/09/2009

    La fin de la Guerre froide a prcipit la chute du communisme sovitique, tomb en 1991, dans les oubliettes librales de l'histoire. Dans le mme temps, cette chute finale a t le point de dpart d'une renaissance de la Russie post-communiste, aprs une phase de transition "librale", particulirement dlicate - sous l'impulsion de B. Eltsine - qui l'a affaiblie et aggrav, in fine, un trouble identitaire.

    Aujourd'hui, la Russie de D. Medvedev a quasiment achev sa reconstruction conomique et politico-psychologique. Mais sa rmergence comme puissance internationale majeure n'est pas toujours accepte, notamment par le leadership amricain, qui a pris le contrle de la destine du monde depuis la lutte implacable contre la menace communiste - perue comme "l'axe du mal" - et, en cela, impos son unilatralisme dans la gouvernance mondiale. La lutte Est/Ouest aurait, en quelque sorte, lgitim l'hgmonie internationale de Washington, comme leader incontest et messianique du monde libre. Par la suite, sous l'impulsion de l'idologie no-conservatrice expansionniste de G.W. Bush, elle a entrepris de rhabiliter le "facteur force" comme rgulateur gopolitique, en rarmant le bras de la justice internationale et en relanant, par ce biais, la course aux armements2.

    Face cette rsurgence de l'imprialisme politico-militaire amricain et se sentant menace, Moscou a t contrainte de recentrer son systme de dfense sur l'arme nuclaire - pour se protger d'une Otan de plus en plus agressive sa proche priphrie comme l'a montr, en 1999, le scnario yougoslave avec l'attaque et la dstabilisation d'un Etat souverain. En violant allgrement la rsolution 1224 du conseil de scurit de l'ONU sur l'intgrit territoriale de la Serbie, l'Otan - sous la bienveillance de Washington - montre alors qu'elle est au dessus des lois internationales et que sa capacit d'intervention s'est largie l'ancien espace communiste. Et son largissement programm est susceptible d'accroitre les tensions avec la Russie, comme le reconnait D. Medvedev : "L'OTAN devrait viter d'aggraver les relations avec ses voisins. Avant d'admettre de nouveaux membres, il faut tudier les ventuelles consquences d'une telle dcision (...)"3 Mais, le plus troublant est de voir, au cur de l'espace post-sovitique, le maintien d'une forme de conflictualit latente amricano-russe issue de la Guerre froide, dans la mesure o la Russie post-communiste reste l'adversaire stratgique privilgi de l'hyper-puissance amricaine - et inversement.

    Dans son essence, la lutte amricano-russe pour le leadership politique en Eurasie post-sovitique n'a pas cess avec l'arrive d'Obama la prsidence amricaine. Cela est implicitement confirm par Herman Pirchner, prsident du Conseil amricain de politique trangre, qui reconnait l'existence de tensions, lies au maintien de barrires idologiques et de pressions amricaines sur la politique russe dans les ex-rpubliques sovitiques. Le 9/09/2009, il admet notamment que "les disputes sur les destines de l'espace post-sovitique entravent la coopration sur plusieurs questions d'intrt commun"4. Car dsormais, Washington doit assumer ses nouvelles responsabilits issues de son avance en zone post-sovitique permise, l'origine, par le recul russe. Et cette configuration explique la radicalisation d'une lutte d'influence centre sur le contrle d'un espace stratgique.



    Ainsi, la Russie moderne cherche retrouver sa place dans le systme des relations internationales contre une certaine forme de mfiance, voire d'hostilit de la part du bloc libral occidental, qui continue voir en elle l'hritire de la puissance communiste. Et sa monte en puissance fait d'autant plus peur que de facto, elle remet en question l'influence de la puissance amricaine en Eurasie post-sovitique - principalement en zones caucasienne et centre-asiatique, o de gros intrts politiques, militaires et nergtiques sont en jeu. Autrement dit, son retour remet en cause les fondements mme du nouvel ordre international libral, dirig par Washington et au-del, menace de multilatraliser ce dernier. Un enjeu sous-jacent au retour russe est donc le nouveau statut de Moscou sur la scne internationale qui, dans ses grandes lignes, sera fonction de sa capacit reprendre en main l'espace post-sovitique - autrement dit, recouvrer une certaine lgitimit dans son ancienne zone de domination impriale, que la stratgie amricaine visait, jusque l, roder.

    De ce point de vue, il serait opportun de s'interroger sur la capacit de Moscou se dfinir une nouvelle identit post-sovitique, intgrant les principales volutions gopolitiques issues de la faillite du communisme. Et, en dfinitive, de se poser une question centrale et redondante : o va la Russie ?

    A la recherche d'un statut post-imprial

    La disparition de l'URSS5, le 25 dcembre 1991 - avec la dmission du premier (et dernier) prsident sovitique, Mikhal Gorbatchev - a provoqu une profonde rupture psychologique, au cur du peuple russe et de ses lites dirigeantes. La Russie, brusquement, a perdu son statut de superpuissance de la Guerre froide pour devenir une simple puissance rgionale, menace sa proche priphrie par des Etats politiquement instables, donc potentiellement hostiles. Et ce dclin gopolitique a t d'autant plus douloureux que la puissance russe a t considrablement fragilise par une politique constante de dstabilisation mene, depuis les annes 60, par l'Amrique - sous la houlette de Z. Brzezinski6. La chute du communisme a t une opportunit pour la puissance amricaine de renforcer son monopole de la rgulation mondiale et par ce biais, son unilatralisme arm. Selon la vision amricaine, la Russie reste un facteur d'incertitude, donc de menace latente pour le monde - ce qui implique la vigilance de l'Amrique. Dans cet axe, R. Kagan, un des leaders du courant no-conservateur amricain, a confirm qu'il tait "vital d'avoir une Amrique forte, voire toute puissante, pour le monde et surtout, pour l'Europe"7 - notamment, au regard des rcentes vellits russes. La phase post-communiste concide donc avec la refondation identitaire d'un nouvel Etat russe contraint de redfinir ses intrts nationaux et, terme, son positionnement sur la scne internationale. Il s'agit alors pour Moscou de passer une vision moins idologique des relations internationales et, de faon plus globale, de dfinir son statut post-imprial

    Toutefois, l'hritage sovitique continue d'exercer une certaine influence sur l'orientation de la pense stratgique russe, qui intgre les menaces militaires et politiques d'Etats structurellement opposs ses intrts en priphrie post-sovitique et in fine, dots d'une autre vision du monde. Aujourd'hui, Moscou aspire la revanche et peroit sa marginalisation internationale comme une sanction de sa dfaite idologique de la Guerre froide. Car comme l'a rappel Alexandre Zinoviev, ancien dissident sovitique, la chute du communisme sovitique "est la plus grande victoire de l'Occident"8. Et de manire officielle, elle regrette que les "vestiges" et le "fardeau du pass" continuent de grever ses relations avec l'Occident, principalement avec l'Amrique9. Estimant avoir trop recul depuis la transition post-communiste10, la Russie s'efforce de dfendre ses intrts de puissance eurasienne et d'achever sa restructuration identitaire sur la scne internationale, contre le leadership amricain et les prtentions politiques de l'Occident qui reste, selon l'expression d'I. Facon, "une source de menaces rcurrentes"11. Car en dpit de l'inflexion politique impulse par le prsident Obama, accus par les no-conservateurs de "trahison idologique"12 - en violant les principes fondamentaux de la politique extrieure amricaine - Moscou peroit une certaine hostilit son gard et surtout, son retour comme grande puissance. Dans son essence, cette hostilit inertielle du bloc occidental tend s'exprimer par l'instrumentalisation de l'Otan comme levier de compression d'un nouvel "imprialisme russe". Cette fonction politique de l'Otan est reconnue, sans ambages, par le stratge "raliste" de la Guerre froide, Henry Kissinger : "L'Otan est par dfinition une alliance militaire, dont l'un des objectifs est de protger l'Europe contre une Russie qui serait tente par une nouvelle aventure impriale"13.

    Dsormais, la Russie vise renforcer ses positions dans le monde par une reprise en main de l'espace post-sovitique - dont les Etats sont ses "allis naturels" - et l'insertion de cet espace dans son projet de puissance. Or face la volont de Moscou de retrouver son influence perdue, le vice-prsident amricain, J. Biden, a affirm le 23/07/2009 - en guise d'avertissement - qu'au 21 sicle, "la thorie du partage du monde n'tait plus de mise", autrement dit, que la Russie devait abandonner ses vieux reflexes impriaux de l'poque communiste14. Dans son ouvrage, "L'Amrique face au monde", Z. Brzezinski est convaincu du maintien de la volont impriale russe. Il rappelle que durant les 4 derniers sicles, la ligne directrice de la Russie se rsume par "une expansion impriale partir d'un centre bien dfini pour crer un Etat multinational"15. Et surtout, il est persuad que V. Poutine n'a pas "admis l'impossibilit de recrer le vieux systme imprial"16, illustrant selon lui, "la rsistance de l'ordre sovitique"17. Pour cette raison, Brzezinski prne le maintien d'une politique de contrle de la puissance russe et d'rosion de son pouvoir en zones caucasienne et centre-asiatique, que celle-ci s'efforce de prserver, quel qu'en soit le prix. A terme, selon A. de Tinguy, il s'agit pour Moscou d'utiliser "les moyens dont elle dispose pour essayer de contrler les volutions dans l'espace post-sovitique"18. Car, avide de rhabiliter une certaine "ide russe", Moscou veut dsormais apparaitre comme un Etat leader au sein de son espace historique - en dpit de l'activisme politique amricain - et surtout, dsireux de s'y faire ( nouveau) respecter.

    Dans ce cadre, la dfense des intrts russes l'tranger devient une priorit de la politique extrieure, ritre par le prsident Medvedev, le 24/07/2009 : "il faut tre capable de riposter en cas de difficults. Parfois de faon trs ferme. Mais uniquement si les intrts de nos concitoyens sont menacs"19. Dans sa mise en garde, Medvedev se rfre, de manire implicite, la crise gorgienne d'Aout 2008, lorsque l'arme russe a d intervenir pour protger ses ressortissants d'un vritable massacre. Mais plus globalement, il redoute la rptition d'un tel scnario en zone post-sovitique. Cela a amen Moscou revendiquer un droit de regard et d'intervention dans sa sphre d'influence, lorsque ses intrts vitaux sont menacs. Or, le 27/07/2009, la secrtaire d'Etat Hillary Clinton dans une interview au Wall Street Journal, a trs clairement rappel la Russie qu'elle ne devait plus chercher "imposer sa volont" aux Etats issus de l'ex-URSS, au nom de son rle pass dans la sphre sovitique - que Moscou viserait, selon elle, rtablir20. Dans le mme temps, la Russie prne un rquilibrage des relations internationales qui implique, par essence, son renforcement comme centre d'influence, un rle plus grand de l'ONU et in fine, une rforme des institutions financires du FMI (Front montaire international) et de la BM (Banque mondiale), en vue d'accrotre l'influence des puissances mergentes du type BRIC (Brsil, Russie, Inde, Chine). Ce faisant, en revendiquant le retour d'une gouvernance mondiale multipolaire, elle remet de facto en cause l'unilatralisme amricain.

    L'hritage sovitique

    Tendanciellement, la Russie post-communiste continue se penser comme puissance mondiale (donc "globale") et pour cette raison, s'appuie sur le noyau dur de sa conception stratgique structure sous le rgime sovitique - partir d'une politique d'influence dans son proche tranger. Thomas Gomart revient sur cet aspect inertiel de la pense stratgique russe : "No-impriale pour les uns, post-impriale pour les autres, la fdration de Russie n'a nullement renonc exercer une influence pour promouvoir ses intrts nationaux. Se pensant et se voulant mondiale, elle englobe dsormais son 'tranger proche' dans une politique ambitieuse destine renforcer ses positions sur la scne internationale"21. En outre, dans le prolongement du sovitisme, la Russie moderne - en tant que systme social - est caractrise par un instinct de survie surdimensionn, qui l'a conduit privilgier les contraintes scuritaires dans sa politique extrieure. En ce sens, la stratgie russe est emprunte d'une forte inertie sovitique.

    Le poids du sovitisme dans la structuration de l'identit russe reste sensible, car c'est sous le rgime communiste que Moscou a exist en tant que puissance majeure, redoute et respecte dans le monde. Et c'est principalement sous ce rgime que la Russie a t considre comme puissance gale l'Amrique et, en cela, capable de faire contre-poids son pouvoir hgmon22. Avec justesse, G. Bensimon a ainsi affirm que "la ligne historique du capitalisme n'a travers ce pays que sur une priode relativement brve, et elle n'y a pas t dominante. Les rapports communistes y sont bien ancrs, le pays est massif, et si sa vocation historique est d'tre une puissance mondiale, c'est incontestablement grce au systme communiste qu'elle l'a ralise"23. Jusqu'en 1991, ce rle spcifique de la Russie communiste a rendu possible une forme d'quilibre des puissances, structurellement opposes dans une implacable lutte Est/Ouest, mais neutralises selon une logique de dissuasion nuclaire "no first use" - rendant impossible toute premire frappe. Car toute amorce de conflit nuclaire serait suicidaire, donc irrationnelle. Cela a t soulign par M. Gorbatchev : "La guerre nuclaire est insense ; elle est irrationnelle. Il n'y aurait ni vainqueurs, ni vaincus dans un conflit nuclaire gnralis : la civilisation mondiale prirait invitablement. Ce serait un suicide (...)"24. Arkadi Brich, directeur scientifique d'honneur de l'Institut russe d'automatique, qui a particip la cration de la bombe nuclaire sovitique, est persuad que l'existence de cette dernire a permis d'viter une troisime guerre mondiale, inaugurant en quelque sorte une forme de "paix froide"25. Et en ce sens, la Guerre froide a eu une fonction rgulatrice implicite dans la stabilit mondiale, empchant l'mergence de micro-conflits potentiellement menaants pour cette dernire. Une paix idologique, en quelque sorte.

    De ce point de vue, la fin de la Guerre froide est une variable explicative majeure de l'instabilit gopolitique actuelle, doublement nourrie par la monte des revendications ethno-religieuses et par le retour des mouvements nationalistes - notamment en Eurasie post-communiste. Car cet quilibre (nuclaire) de la terreur - entre l'Est et l'Ouest - surdtermin par l'idologie, aurait de facto agit comme un verrou sur les tensions potentielles. La spcificit de ce contexte gopolitique explique, dans le cas sovitique, la primaut de la politique extrieure sur la politique intrieure26, dans la mesure o cette dernire est totalement subordonne l'impratif de survie idologique d'un rgime structurellement menac - et encercl - par le bloc occidental. Gorbatchev, dans son ouvrage-rfrence, "Perestroka", rappelle cette mfiance naturelle de la Russie face la puissance militaire de l'Occident : "Nous ne pouvons oublier qu'avant l're nuclaire, l'occident a plus d'une fois opr des incursions sur notre territoire. Et le fait que toutes les manuvres militaires de l'Otan comportent invariablement des scnarios offensifs envers nous n'est t'il pas en soi loquent ?"27. Or depuis la transition post-communiste, la stratgie amricaine - sous la direction des Bush, pre et fils - a ractiv les vieux "reflexes" sovitiques de l'lite dirigeante russe et consolid, selon J.P. Romer "un sentiment autrement plus profond et permanent chez les russes : celui de l'encerclement par les puissances potentiellement hostiles, qui a constitu une constante dans l'histoire de la Russie."28 La peur de la menace extrieure est donc profondment ancre dans l'inconscient russe et par ce biais, dans la rationalit dcisionnelle de l'lite dirigeante. En ce sens, l'expansion impriale russe - initie sous le tsarisme - a une vise fondamentalement dfensive, destine crer une zone-tampon et relaye, plus tard, par l'idologie sovitique.

    Un trait systmique du communisme sovitique est sa vocation tendre son idologie messianique l'chelle plantaire, comme l'a rappel Lilly Marcou : "Le communisme, phnomne plantaire qui se confond avec le XX sicle par sa prsence prdominante sur toutes les scnes politiques, fut avant tout une idologie vocation internationaliste, soutenue par un mouvement mondial institutionnellement structur."29 Dans le cas de l'URSS, cette expansion - qui rpond un vritable besoin organique - visait aussi la cration d'une zone d'influence fiable en vue de stabiliser sa domination dans son espace idologique. Selon Alexandre Zinoviev, cette tendance organique expliquerait pourquoi l'immense Union sovitique - au nom de sa lgitimit idologique - a constitu "aprs 1945, une grande zone d'influence en Europe de l'Est, modelant son image cette partie du continent".30 Et une implication de cette prgnance de l'idologie dans la socit sovitique et la constitution de son empire a t de fonder la priorit de son identit internationale sur son identit nationale. En dernire instance, cela explique que la question nationale - et identitaire - en Russie ait t occulte par le rle historique d'une puissance idologique globale, revendiquant le leadership mondial. Et cela, au nom de son combat d'avant-garde pour la libration des peuples, car pour reprendre J.F. Soulet, les dirigeants communistes s'taient auto-proclams "hrauts d'une idologie intrinsquement anti-librale et libratrice"31.

    Ainsi, l'hritage sovitique est norme. Non seulement il a influenc et "duqu" la mentalit russe dans l'esprit d'une "citadelle assige", mais il a orient la politique trangre russe (en phase sovitique, puis fdrale partir de 1992) contre un ennemi latent et politiquement oppos, la surpuissante Amrique - symbole suprieur de l'imprialisme, "stade suprme du capitalisme" selon l'expression de Lnine32. Et au-del, la prgnance d'une idologie sovitique universaliste - axe sur une mission mondiale - s'est impose toute conscience nationale et terme, a fini par structurer un ordre social nouveau, lui-mme gnrateur d'un homme nouveau : "l'homo-soviticus"33. Ds 1965, Che Guevara affirmait que "Pour construire le communisme (...), il faut construire 'l'homme nouveau' "34. Celui-ci, thoriquement soumis aux normes de l'idologie communiste, a pour principale mission d'tendre cette dernire la plante entire, au dtriment de l'idologie librale qui exerce sur elle une menace permanente. Cette pression idologique - et militaire - est une constante de la Guerre froide, forme de guerre latente entre deux ordres sociaux avides d'afficher leur supriorit. En dfinitive, la survie de l'ordre social sovitique a transform la contrainte de scurit extrieure en une vritable obsession pour les dirigeants russes.

    Sous le rgime sovitique, Moscou a structur une zone de domination idologique, jouant un rle scuritaire indniable et s'tendant l'Est europen. Mais ds 1989, la perte des allis est-europens - qui prfigure celle des rpubliques sovitiques en 1991- tend rduire de manire radicale cette zone d'influence impriale. Cela a justifi la cration de la Communaut des Etats indpendants (CEI), travers laquelle la Russie a essay de prserver une forme d'influence politique (et conomique) sa priphrie sud, associe une fonction stratgique (et protectrice) vitale. Dsormais, comme le souligne sa doctrine stratgique, la CEI fait partie de ses "intrts vitaux" (dont nationaux) et surtout, de son espace potentiel d'intervention. Autrement dit - dans la continuit sovitique - elle reste la "chasse garde" de la Russie post-communiste et en consquence, la premire priorit de sa politique trangre. Cette priorit a t explicitement prcise par la nouvelle orientation stratgique de Moscou, amorce la fin des annes 1990, d'abord sous l'impulsion de E. Primakov - ministre des affaires trangres de 1996 1998, puis premier ministre de 1998 1999 - et ensuite, sous celle de V. Poutine : "Les intrts nationaux de la Russie rsident dans la protection de son indpendance, de sa souverainet, de son intgrit d'Etat et territoriale, dans la prvention d'une agression militaire contre la Russie et de ses allis (de la CEI : jg)"35.

    En 2009, la nouvelle doctrine militaire de Moscou a confirm ce statut central de la CEI dans sa stratgie de puissance et de recomposition identitaire issue de la phase post-communiste. Et de manire globale, l'efficacit de la politique russe en zone post-sovitique (CEI) dterminera son futur statut international, dans la mesure o un contrle renforc de la CEI pourrait tre utilis par Moscou comme levier de son pouvoir dans les instituions multilatrales et par ce biais, de son influence dans la gouvernance mondiale. Cela est mentionn par Anne de Tinguy : "L'avenir de la Russie, de ses positions dans le monde et de son projet de puissance se joue en partie dans l'espace post-sovitique."36 Or l'espace de la CEI est aujourd'hui au cur d'une lutte d'influence avec l'Amrique, avide d'affaiblir la puissance russe, dans l'optique finale de contrler le cur stratgique de l'Eurasie. Autrement dit, la conflictualit bipolaire de la Guerre froide - sous des formes certes ractualises - tend perdurer en Eurasie post-communiste.

    La douloureuse transition

    Au lendemain de l'implosion de l'URSS, la Russie a connu une transition politique particulirement difficile, greve par la dsagrgation et le retrait de l'Etat qui a affaibli la cohsion sociale - via le dveloppement de la prcarit conomique et des ingalits - et favoris l'extrmisme religieux, qui tend aujourd'hui fragiliser (principalement) le Caucase nord37. Dbut 2000, rapporte V. Fedorovski, 40% de la population vivait au dessous du seuil de pauvret38 (contre 12,4 % en 2009, suite la politique sociale de Poutine39). En effet, dans un pays nagure socialiste, "o l'Etat se confondait avec le Parti unique, la dstatisation conscutive la chute de l'ancien rgime n'a fait qu'affaiblir le seul rempart qui aurait pu dfendre les plus faibles".40 Sous le rgime sovitique, l'Etat-parti tait le ciment social de la socit russe, garant de son unit. Et cette transition vers l'conomie de march fut d'autant plus douloureuse pour Moscou, qu'elle l'a radicalement appauvrie et marginalise sur la scne mondiale. La politique de rforme ultralibrale alors adopte par Eltsine en vue de l'intgration de la Russie l'conomie mondiale a t perue, par les citoyens russes, comme une trahison et comme une soumission totale au diktat amricain. Dsireuse d'obtenir des crdits et la coopration d'experts amricains, la Russie de Eltsine s'est alors "couche" devant l'Occident et en dfinitive, favoris la progression de la puissance amricaine en Eurasie. L'objectif cl de la rforme tait de dstatiser et de drglementer l'conomie russe en vue de faire merger le march. Mais un autre objectif (latent) de la rforme tait d'tendre l'idologie librale l'Eurasie post-sovitique, pour repousser la Russie et mieux dfendre les intrts vitaux de l'Amrique, dans le cadre d'un ordre international idologiquement orient. Ainsi, R. Kagan a reconnu que "dans la mesure o ils croient la puissance, les amricains pensent que celle-ci doit servir promouvoir les principes d'une civilisation librale et d'un ordre mondial libral"41. Au final, cette "thrapie de choc", propose par J. Sachs et applique la lettre par des bureaucrates incomptents et dconnects de la ralit locale, s'est rvle totalement inadapte aux conditions socio-conomiques de la Russie, structurellement imprgne de la culture sovitique. D'autant plus que cette reforme a t applique selon un mode de dcision en "vase clt". Et au regard de son impact sur le tissu socio-conomique russe, elle a t dstructurante. Suprme incomptence.

    Associe une "dcroissance conomique " - croissance ngative de 1994 199842 - la perte du statut de grande puissance a t douloureusement ressentie. Comme le note A. de Tinguy, la Russie "prouvait (...) le sentiment d'avoir t humilie sur la scne internationale. Le pays a dvelopp une trs forte nostalgie de la puissance perdue. Il considrait que la reconnaissance internationale qu'il avait eue avait disparu. La socit tait en qute d'ordre (...)"43. Ce contexte de crise a cre, de facto, un terreau favorable au retour du mythe stalinien du complot occidental. La politique du Consensus de Washington a t suspecte de vouloir maintenir la Russie dans un tat de sous-dveloppement relatif pour in fine, l'empcher de se renforcer et de revenir sur la scne internationale, en tant que puissance concurrente de l'Etat amricain. Au passage, on remarquera que la stratgie d'puisement de l'conomie sovitique - via la course au surarmement et l'IDS44 - conduite au dbut des annes 80 par R. Reagan, poursuivait le mme objectif : affaiblir les bases conomiques de la puissance russe pour roder son pouvoir gopolitique et, terme, la dstabiliser. Cette volont d'acclrer la chute de la Russie est une constante de la stratgie occidentale sur long terme qui, dans un premier temps - durant la Guerre froide - a t justifie par la lutte contre le communisme : "La catastrophe russe a t voulue et programme ici, en Occident", a reconnu A. Zinoviev45. Dans son essence, cette rgression statutaire de Moscou sur le plan international a concid avec une politique occidentale globalement hostile et nuisant aux intrts russes - comme l'attestent les manuvres douteuses de l'Otan dans l'tranger proche de la Russie (dans le cadre du "Partenariat pour la paix"46) et, en avril 1999, le bombardement meurtrier de l'ex-Yougoslavie (sans accord du Conseil de scurit de l'ONU) dont une suite logique a t l'indpendance illgale du Kossovo, le 17 fvrier 2008. Mais le plus inquitant est que cette manipulation occidentale a ractiv l'ide d'une "grande Albanie".

    Ce renforcement de l'Otan en Eurasie post-sovitique s'est exprim par sa globalisation, impliquant d'abord son expansion vers l'Est - ce qui a conduit S. Lavrov, chef de la diplomatie russe, s'interroger sur sa fonction scuritaire en Europe : "Je ne crois pas que cette rsolution des questions lies l'expansion de l'Otan vers l'Est puisse contribuer au renforcement de la scurit europenne (...)".47 Mais ce qui inquite le plus Moscou est l'extension de l'Otan aux ex-rpubliques sovitiques - dont les prochaines cibles sont la Gorgie et l'Ukraine, qui appartiennent son tranger "trs" proche. Rcemment, J. Biden, en visite en Ukraine, a confirm le soutien amricain la volont de ces dernires d'intgrer l'Otan, s'opposant en cela ouvertement la position russe. Et le 21/07/2007, J. Biden a vis implicitement la Russie en s'adressant aux ukrainiens : "Personne n'est en droit de vous dicter quelle alliance rejoindre"48. En d'autres termes, Moscou doit abandonner ses anciennes pratiques impriales en zone post-sovitique et renoncer dfinitivement toute ide d'ingrence dans les affaires intrieures d'Etats (dsormais) souverains. Un peu plus tard, lors de son sjour en Gorgie, J. Biden a raffirm que "Nous (les amricains : jg) soutenons entirement le dsir de la Gorgie d'intgrer l'Alliance atlantique et continuerons de l'aider se mettre au niveau des normes requises"49. Dans le mme temps, Washington a accueilli favorablement la demande d'aide militaire de la Gorgie, qui continue voir la Russie comme un "ennemi mortel". Dans l'optique d'adapter la Gorgie aux normes de l'Otan, Washington a promis de cooprer avec elle "pour maintenir ses forces armes, l'aider s'entraner et s'organiser"50. Aujourd'hui, la Gorgie - qui continue ses provocations l'gard de Moscou - reoit l'aide amricaine par habitant la plus importante au monde, selon le propre aveu de J. Biden. Et ce dernier a ritr la position amricaine sur la ncessit de respecter l'intgrit territoriale de la Gorgie - alors que celle de l'ex-Yougoslavie a t objectivement viole - tout en demandant in fine Moscou de revenir sur sa reconnaissance de l'indpendance des deux rpubliques sparatistes gorgiennes d'Osstie du sud et d'Abkhazie. En rponse, le 26/08/09, V. Poutine a affirm que cette reconnaissance tait "irrvocable" et qu'il ne tolrera "aucune tentative de revanche, ni de nouvelles aventures militaires dans la rgion"51. En consquence, Moscou n'a recevoir de leons de morale de personne, et encore moins d'une Gorgie vindicative et allgrement soutenue par Washington. Inutile gifle.

    Cette configuration gopolitique a alors renforc en Russie (en proie des crises nationalistes et sparatistes) la peur d'une agression militaire de l'Otan, au nom d'un devoir d'ingrence humanitaire ou du droit des peuples disposer d'eux mme, voire de principes dmocratiques gomtrie variable - comme dans le cas de l'ex-Yougoslavie et de l'Irak. Certains dirigeants russes ont mme pens que seule la dtention de l'arme nuclaire avait empch la reproduction d'un tel scnario en zone post-sovitique, s'insrant dans une stratgie plus globale de "guerre prventive"52 contre le terrorisme, inaugure par le Pentagone dans les annes 2000 et destine neutraliser les menaces potentielles - au mpris du droit international. H. Kissinger a reconnu, propos de la guerre en Irak, qu'il s'agissait de faire comprendre "au reste du monde, que notre premire guerre prventive nous a t impose par les faits et que nous cherchons servir la cause du monde, et pas seulement nos propres intrts"53. De manire globale, le dclin gopolitique de la Russie post-communiste, ajout son tat de dlabrement conomique, social et psychologique - provoqu par l'inefficacit structurelle des rformes - a fait le nid d'un nationalisme anti-occidental, surtout anti-amricain. A l'poque, l'impression du citoyen russe est de payer, travers la crise systmique, la dfaite symbolique de la Guerre froide. Ultime humiliation.

    L'impression dominante a t alors que les intrts nationaux russes - dont les actifs conomiques et industriels - avaient t brads dans le cadre d'une douteuse procdure de privatisation profitant d'une part, aux entrepreneurs trangers et d'autre part, aux oligarques russes. Mais le plus scandaleux dans cette ruine morale et conomique de la Russie a t d'assister - sous la bienveillance d'Eltsine - la naissance d'une vritable nomenklatura capitaliste, infiltrant le pouvoir central et qualifie par L. Marcou de bourgeoisie moderne "compradoro-mafieuse"54. A cela s'est ajout un recul territorial spectaculaire, enlevant l'Empire russe des espaces stratgiques ou politiquement importants - porteurs des racines europennes de la Russie - tels que les ex-rpubliques de Bilorussie, de Gorgie et d'Ukraine. Cette rupture gopolitique, en ractivant le "spectre du sparatisme rgional"55 - par ailleurs encourag par la main insidieuse de Washington - conditionne le caractre instable de la transition russe post-communiste.

    Dans ses grandes lignes, cette instabilit de la transition a t renforce par le dclin du surpuissant complexe militaro-industriel, principal levier de la croissance conomique russe depuis la priode sovitique. Mais surtout, ce dclin a, de facto, prcipit celui de l'arme russe. Et en raison d'une compression abyssale du budget militaire56, souhaite par Washington, l'arme russe vieillissante a t laisse elle-mme et sa capacit de dfense - dont nuclaire - a t considrablement rduite. Cette marginalisation de la composante militaire (aggrave par l'absence d'investissement) a contribu nuire l'image internationale de l'Etat russe, ancienne superpuissance de la Guerre froide et partageant avec l'Amrique, le leadership idologique mondial. D'autant plus que la puissance militaire est un lment cl du statut gopolitique de la Russie et, dans le mme temps, le symbole historique d'un Etat fort. Autrement dit, l'arme est un vecteur la fois structurant de l'identit nationale russe et garant de la stabilit politique du rgime. Et en dfinitive, ce dclin international de la Russie eltsinienne a t favoris par l'absence d'une relle politique trangre, c'est--dire indpendante et dconnecte de l'influence de Washington - et, en rupture avec la tradition sovitique, incapable de s'appuyer sur le levier militaire.

    Le retour russe

    L'arrive de Vladimir Poutine, comme premier ministre de Boris Eltsine en aot 1999 - puis comme prsident, partir de mai 2000 - va concider avec le retour international de la Russie. Indniablement, une proccupation centrale de Poutine a t son attachement " la renaissance de la Russie"57. En effet, ce dernier va mettre en uvre une reforme structurelle cohrente et globale - sur le triple plan conomique, politique et militaire - permettant non seulement le retour de la croissance (positive depuis 1999) - certes favorise par la double volution des cours du rouble et du ptrole - mais surtout, le renforcement de l'Etat russe sur la scne internationale. Ds 2000, la Russie de Poutine affiche sa volont de devenir un lment moteur - un "centre influent" - du futur monde multipolaire, en tant que "grande puissance". Ainsi, comme le prcise alors son Concept stratgique : "Les intrts nationaux de la Fdration de Russie dans la sphre internationale consistent en la garantie de la souverainet, dans la consolidation des positions de la Russie en tant que grande puissance et qu'un des centres influents du monde multipolaire (...)"58. Et, en dfinitive, la politique de restructuration radicale impulse par V. Poutine a permis l'insertion de la Russie moderne au nouvel ordre international - en dpit du frein amricain son admission l'OMC.

    Dans ses grandes lignes, V. Poutine a recentr la politique trangre russe d'une part, sur la dfense de ses intrts nationaux, largis l'espace post-sovitique - la CEI, considre comme son espace politique - et d'autre part, sur le renforcement de son influence rgionale, pour stabiliser son tranger proche. Et dans ce but, Poutine a ax sa politique sur le dveloppement du complexe militaro-industriel et de la force nuclaire et, paralllement, sur la modernisation de l'arme russe, trop longtemps nglige par le suivisme occidental de la ligne Eltsine. Cette orientation est confirme par le prsident D. Medvedev, soulignant la ncessit d'amliorer la gestion oprationnelle des troupes et de les doter "d'quipements modernes". Selon Medvedev, "les forces armes doivent tenir compte des menaces contemporaines, sans oublier celles qui appartiennent au pass mais persistent toujours (...)"59. On remarquera que, dans ce discours, est implicitement vise l'hgmonie politico-militaire amricaine, porteuse de menaces latentes (qui "persistent toujours") pour la stabilit de l'espace post-sovitique. Le 4/09/2009, le chef de la 12e direction gnrale du ministre de la Dfense, le gnral Vladimir Verkhovtsev, a officiellement annonc la modernisation de l'arsenal nuclaire russe : "Compte tenu des perspectives - y compris long terme - du dveloppement des troupes russes [...] il a t dcid de renouveler l'arsenal nuclaire du pays. Il s'agit de doter les forces armes de munitions nuclaires aux caractristiques techniques et tactiques amliores"60. Dans cette optique, le nuclaire redevient - dans le prolongement du sovitisme - une source majeure de la puissance politique de la Russie fdrale. Ainsi, selon l'aveu du prsident du Conseil russe pour la politique extrieure, Sergue Karaganov, l'arme nuclaire constitue toujours "le fondement de l'influence politique et en partie conomique de la Russie"61. On peut donc parler du "retour de l'Atome rouge", pour reprendre le titre d'un ancien article62 - en rfrence la fonction politique de l'atome sous le rgime communisme et son utilisation par ce dernier comme vecteur de sa stratgie extrieure. Et le nuclaire a un rle d'autant plus vital, qu'il permet un rquilibrage des rapports de force internationaux initialement dfavorables pour la Russie.

    Le gnral Makhmout Gareev, prsident de l'Acadmie des sciences militaires de Moscou, lors de sa prsentation des grandes lignes de la future doctrine militaire russe, le 20 janvier 2007, a prcis que "pour la Russie, tant donn un rapport des forces qui lui est extrmement dfavorable sur tous les axes stratgiques, l'arme nuclaire demeurera capitale, le plus sr moyen de dissuasion stratgique d'une agression extrieure et le plus sr moyen de garantir sa propre scurit."63 Cette fonction vitale de l'atome explique, en partie, l'opposition russe au projet amricain d'implanter un bouclier anti-missiles dans l'Est europen - qui neutraliserait, un certain degr, la puissance nuclaire russe et sa capacit de riposte une premire frappe. Mais une raison majeure de cette opposition est le sentiment de Moscou d'tre vise par le bouclier amricain - peru par celle-ci comme un relent de Guerre froide. Sur ce point, le premier ministre russe, V. Poutine, a rcemment affirm que "Si nos partenaires amricains renoncent installer de nouveaux systmes de combat en Europe, notamment leur bouclier antimissile en Europe, s'ils rexaminent leur approche concernant l'largissement des blocs militaires ou, si plus forte raison ils refusent totalement de nouvelles adhsions, ce serait un grand pas en avant"64. Globalement, travers ce recentrage sur l'atome, il s'agit pour Moscou de revenir vers une stratgie de projection de force, en vue d'afficher sa puissance et de dissuader toute vellit de puissances hostiles - percevant la faiblesse de la Russie post-impriale en transition, comme une opportunit stratgique. Et cela, d'autant plus que depuis 1992, l'Occident s'est octroy un droit d'ingrence en zone post-sovitique, au nom de principes humanitaires et moraux discutables ou, alternativement, d'une aide au dveloppement politiquement oriente.

    Un autre objectif sous-jacent l'ingrence occidentale est le contrle des sources et des voies de transport nergtiques (gaz, ptrole) qui renforce le caractre stratgique de la rgion, notamment en Asie centrale - et menace la centralit russe sur la question nergtique. Le gnral Gareev prdit donc, dans un proche avenir, une vritable lutte pour les ressources : "Les facteurs cologiques et nergtiques constitueront, dans les dix ou quinze prochaines annes, la principale cause des conflits politiques et militaires." Et M. Gareev ajoute que "la lutte pour les ressources sera porte son paroxysme, gnrant une confrontation politique et conomique. On ne peut exclure, sur ce terrain, la possibilit d'une confrontation militaire."65 La nouvelle doctrine de scurit russe - publie en mai 2009 - prcise d'ailleurs que cette course pour le contrle des sources nergtiques sera, long terme, particulirement intense dans les zones de la Caspienne et de l'Asie centrale - devenant, par ce biais, un facteur majeur d'instabilit gopolitique. De ce pont de vue, il semble logique que la nouvelle conception stratgique de l'Otan (prvue en 2010) envisage d'intgrer la variable nergtique comme un enjeu stratgique majeur66. Et le plus inquitant est qu'aujourd'hui, l'Occident - sous la houlette amricaine - n'hsite pas scuriser "ses" espaces stratgiques en zone post-sovitique via l'avance de l'Otan et l'installation de bases militaires. En outre, auto-lgitime par la supriorit morale de l'idologie librale, Washington vise, depuis la fin de la Guerre froide, tendre son influence idologique en zone post-sovitique. Cela est raffirm, de manire claire, par R. Kagan : "La fin de la guerre froide a t considre par les amricains comme une occasion non pas de restreindre mais d'tendre leur influence, d'tendre l'alliance qu'ils dirigent vers l'Est en direction de la Russie (...), d'investir dans des rgions du monde telles que l'Asie centrale"67. Ce faisant, cette offensive occidentale remet en cause le statut historiquement dominant de Moscou dans son pr-carr. Ce que l'orgueilleuse Russie ne sera jamais prte accepter.

    Globalement, le retour de l'Etat russe - et la rhabilitation de ses valeurs nationales - s'est traduit par un durcissement de sa politique trangre. En effet, depuis la fin des annes 90, Moscou doit faire face la militarisation des relations internationales, impulse par l'Amrique de G.W. Bush et dont l'unilatralisme hautain a t ouvertement condamn par V. Poutine, en fvrier 2007, dans son harangue anti-imprialiste de Munich - qui souligne un "mpris de plus en plus grand des principes fondamentaux du droit international" et rejette "l'emploi hypertrophi, sans aucune entrave , de la force - militaire - dans les affaires internationales, qui plonge le monde dans un abme de conflits successifs". Pour l'ancien prsident russe, cet expansionnisme exacerb de la puissance amricaine reprsente alors un "risque potentiel de dstabilisation des relations internationales (...)"68. Depuis la chute du communisme sovitique, le recours la force a t institutionnalis par Washington comme levier de sa politique trangre car, comme l'admet R. Kagan, "une fois supprim le frein que constituait la puissance sovitique, le pays tait libre d'intervenir o il voulait (...)"69. Dans son essence, cette orientation a justifi la stratgie de puissance de la Russie fdrale, s'appuyant sur l'arme et son idologie nationaliste - stratgie illustre par les interventions en Tchtchnie et en Gorgie. Symboliquement, il fallait montrer que l'arme - et l'Etat - russe tait "de retour" et au-del, prserver l'unit de la nation russe autour d'une cause mobilisatrice.

    Sous la prsidence de Poutine - puis, partir de mars 2009, sous celle de Medvedev - la politique extrieure russe s'est focalise contre les menaces potentielles pesant sur ses intrts nationaux et, notamment, dans sa zone de domination traditionnelle. Dans ce but, la Russie s'est efforce de reconstruire le glacis scuritaire hrit du sovitisme et permettant d'une part, de crer une profondeur stratgique et d'autre part, d'anticiper les menaces latentes des zones non contrles. Cela a justifi la cration des alliances politico-militaires de l'OTSC et de l'OCS70. Un objectif implicite de ces alliances eurasiennes tant de freiner l'expansion de l'Occident - via le levier otanien - au cur de l'espace post-sovitique et dans ce but, faire contre-poids au pouvoir croissant de l'Otan dans la rgion, qui dpasse sa zone de responsabilit. Cette volont expansionniste de l'Otan - aspirant devenir un gendarme mondial - a t dnonce le 20/03/2009 par S. Riabkov, vice-ministre russe des Affaires trangres : "Les activits de l'Alliance attestent qu'elle accorde une attention grandissante dans ses plans militaires des problmes surgissant l'extrieur de sa zone de responsabilit traditionnelle. Il s'agit en fait d'une tentative de jouer un rle mondial, et nous ne manquerons pas de prendre ce facteur en considration"71. Cette incertitude gopolitique croissante en priphrie russe, dfinie en 2009 par sa doctrine de scurit nationale comme une "nouvelle menace", rendrait dsormais possible l'mergence de conflits (potentiellement nuclaires) dans les rgions frontalires. Et, de manire explicite, la stratgie de l'Otan est vise. Sur ce point, nous rejoignons l'analyse d'Isabelle Facon, qui rapporte que pour certains responsables russes, "la possibilit d'une guerre rgionale majeure ne peut tre exclue l'heure actuelle. Or ce risque est rattach notamment des scnarios de crises potentielles avec l'Otan, en particulier dans l'environnement proche de la Fdration"72.

    De tels scnarios ont t simuls par les exercices militaires "Zapad-1999", centrs sur les capacits d'action de l'arme russe dans un conflit avec l'Otan, similaire celui en Yougoslavie au printemps 1999. Ces manuvres ont alors montr que la Russie ne pourrait repousser une attaque ventuelle de l'Otan, dans son tranger proche, qu'en recourant l'arme nuclaire. Ce rsultat a, par la suite, conduit la Russie abaisser le seuil d'emploi de l'arme nuclaire en renonant, de facto, l'ancien engagement sovitique de ne pas y recourir la premire. Dsormais, dans la nouvelle vision stratgique russe, le nuclaire intgre - en dehors de sa fonction dissuasive - une fonction dfensive et tactique, potentiellement utilisable dans des conflits rgionaux et conventionnels, en cas d'impuissance des armes classiques. Et au-del, le nuclaire devient un levier d'action en vue d'influer sur une situation gopolitique critique et in fine, il apparait comme une rponse ultime au renforcement et l'ingrence croissante de l'Otan en zone post-sovitique. De ce point de vue, il semble logique que les rcentes manuvres conjointes russo-bilorusses "Zapad-2009" aient eu pour objectif central "les prparatifs en cas de menace contre la stabilit stratgique dans la rgion de l'Europe orientale".73

    L'Otan, dont l'extension aux ex-allis de la Russie communiste est perue comme une provocation par Moscou, est toujours considre comme le bras arm de l'Occident et manipule des fins politiques. Ainsi selon L. Ivachov, prsident de l'acadmie russe des problmes gopolitiques : "l'Otan, sous couvert de 'coopration avec la Russie', progresse vers l'Est, cre des bases proximit des frontires russes, fait adhrer de nouveaux membres"74. Dans son intervention de Munich de fvrier 2007, V. Poutine s'est, avec lgitimit, tonn de cet largissement virtuellement dirig contre la Russie : "l'OTAN rapproche ses forces avances de nos frontires (...). Il est vident, je pense, que l'largissement de l'OTAN n'a rien voir avec la modernisation de l'alliance, ni avec la scurit en Europe. Au contraire, c'est un facteur reprsentant une provocation srieuse et abaissant le niveau de la confiance mutuelle. Nous sommes lgitimement en droit de demander ouvertement contre qui cet largissement est opr."75 Cette progression des infrastructures militaires de l'Otan, la priphrie russe - ainsi que son aspiration un "rle global" - est perue par Moscou, dans sa doctrine de scurit, comme une menace et, terme, comme un vecteur de dsquilibres. Mais le plus inquitant est que cette offensive occidentale, principalement amricaine - mais aussi, depuis peu, europenne, via un "partenariat oriental" propos 6 anciennes rpubliques sovitiques76 - s'appuie sur la manipulation politique des institutions du FMI et de la BM. Car dsormais, ces dernires n'hsitent pas proposer aux nouveaux Etats indpendants des orientations conomiques politiquement non neutres - rompant avec la culture russe - et associes une coopration troite (dont militaire) ou une aide financire consquente77. En novembre 2008, le FMI a approuv un programme de deux ans pour un total de 16,43 milliards de dollars ( !), afin de permettre l'Ukraine de lutter - en thorie - contre les consquences de la crise financire internationale. Mais il s'agit surtout, selon nous, d'empcher une Ukraine fragilise de retomber dans le giron russe.

    Une voie alternative a t la cration d'alliances politico-militaires ouvertement anti-russes, du type GUAM78, pour favoriser l'mancipation des ex-rpubliques sovitiques et en ce sens, montrer la Russie que sa priode impriale est dfinitivement termine, notamment en Asie centrale. De retour d'un voyage dans cette rgion, William Burns, sous-secrtaire d'Etat amricain et ancien ambassadeur des Etats-Unis Moscou, a affich son soutien une vritable indpendance de l'Asie centrale - qui, la base, exige une rduction de l'emprise politique de Moscou. Il a ainsi admis qu'un des objectifs de sa tourne "tait de mettre en relief la ncessit de l'indpendance, de la souverainet et de la stabilit conomique pour ces pays qui font actuellement face des problmes trs graves"79. Autrement dit, par le biais de stratgies conomiques et politiques insidieuses, il s'agit - selon la ligne Brzezinski - de dtacher les ex-rpubliques sovitiques de la domination russe et par ce biais, continuer le reflux ("roll back") de la puissance russe, pour in fine sanctionner de manire clatante, sa dfaite de la Guerre froide. Z. Brzezinski a reconnu la ncessit de bloquer toute vellit russe de reconqute en zone post-sovitique, en poursuivant le rapprochement avec les ex-rpubliques sovitiques de l'Asie centrale, cur nvralgique de l'ancien empire : "Ce qui est vraiment important est de crer un contexte gopolitique tel que le dsir nostalgique (de la Russie : jg) de redevenir une grande puissance impriale aura moins de chances de se raliser (...)". Ce qui implique selon Brzezinski "d'instaurer des liens conomiques plus nombreux et plus directs avec les pays d'Asie centrale en tant qu'exportateurs d'nergie (....)"80. D'autant plus que ce dernier est persuad que "la domination coloniale russe sur l'Asie centrale est une chose du pass"81. L'Asie centrale est donc au cur de la stratgie amricaine de compression de la puissance russe, labore en phase de Guerre froide. Troublante inertie.

    Globalement, le respect de l'intgrit territoriale - donc de la souverainet - de l'Etat russe a t une des priorits de la ligne Poutine dans le but de retrouver sa crdibilit et son leadership en zone post-sovitique et terme, de se construire un statut post-imprial. Car il s'agit d'abord de rhabiliter la "grandeur russe" en redonnant Moscou son statut de puissance internationale, sur la base de ses valeurs eurasiennes. Et ce faisant, Poutine s'est appuy sur une forme de nationalisme russe, centr sur la dfense des valeurs ancestrales de "l'ternelle Russie" et structur contre l'hostilit plus ou moins virtuelle de l'Occident, accus de soutenir certaines vellits indpendantistes - notamment en Tchtchnie et dans le Caucase nord. En fait, cette capacit de l'Occident ractiver les courants nationalistes s'inscrit dans le prolongement de la Guerre froide et aurait, autrefois, prcipit l'implosion d'une URSS multi-ethnique. Ainsi, selon A. Zinoviev, "ce sont les dmocraties occidentales qui ont fait des efforts de propagande surhumains, l'poque de la guerre froide, pour rveiller les nationalismes. Parce qu'elles voyaient dans l'clatement de l'URSS, le meilleur moyen de la dtruire"82. Ces accusations sont reprises par le nouveau discours stratgique russe, relay par le gnral Gareev et qui dnonce les manipulations extrieures conduites par un ennemi puissant : "les menaces internes, les plus dangereuses sont le terrorisme et le sparatisme, qui sont gnralement attiss de l'extrieur et visent l'unit et l'intgrit territoriale de la Russie"83. Aujourd'hui, le prsident Medvedev s'inquite de l'instabilit du Caucase et prne le renforcement de la lutte contre l'extrmisme et le terrorisme. Le 19/08/2009, il a reconnu qu'il y a "quelques temps, nous avons eu l'impression que la situation en matire de terrorisme dans le Caucase s'tait sensiblement amliore. Or, les rcents vnements montrent qu'il n'en est rien"84. V. Vassiliev, prsident du comit pour la Douma pour la scurit, a rcemment affirm - le 17/07/2009 - que les "terroristes" dans les rpubliques nord-caucasiennes taient "manipuls et financs de l'tranger"85. Le mythe stalinien de l'ennemi intrieur manipul par l'extrieur est donc de retour. Et dsormais, il est l'objet privilgi d'une instrumentalisation politique de la part des dirigeants russes. Car l'existence d'un "ennemi systmique", selon l'expression de J. Fontanel, est ncessaire la rgulation et au mtabolisme de la socit russe86 - autrement dit, sa survie comme systme social.

    La nouvelle ambition russe

    Ainsi, V. Poutine a russi redonner une forme de cohsion l'Etat russe partir d'une refonte politique et morale de la socit. Mais cette renaissance de la Russie, porteuse d'une nouvelle ide nationale, a t permise par le renforcement des tendances autoritaires et centralisatrices intgres au projet politique de V. Poutine et poursuivi par son successeur, D. Medvedev. Pour reprendre l'affirmation de V. Poutine ds l'anne 2000 : "la clef de la renaissance et du relvement de la Russie se trouve aujourd'hui dans la sphre politique"87. Ds son intronisation la prsidence, ce dernier s'est donn comme tche prioritaire de rhabiliter l'ide russe - excessivement dforme par le rgime eltsinien - pour redonner sa fiert au "grand peuple russe". Et selon Poutine, "la nouvelle ide russe va se former comme un alliage, comme une union organique entre les valeurs humaines universelles et les richesses traditionnelles du peuple"88. De manire gnrale, ce projet radical s'inscrit dans la renaissance internationale de l'Etat russe - longtemps redoute par la puissance amricaine, dans la mesure o elle menace son systme de domination unipolaire et en cela, ses intrts gopolitiques. Cela a conduit J. Biden exiger de la Russie de revenir plus de ralisme et "de rviser considrablement les sphres de ses intrts internationaux"89. Dsormais, cette nouvelle ambition russe est perue par Washington comme une forme de no-imprialisme et surtout, selon Z. Brzezinski, elle attesterait du refus de Moscou d'accepter "la nouvelle ralit de l'espace post-sovitique"90 - autrement dit, l'ingrence amricaine dans son ancien espace imprial. Mais la Russie ne tolrera pas un tel diktat. Car, en dernire instance, il s'agit aussi pour elle de se relever de son trouble identitaire issu de sa priode post-sovitique. Et, dans cette optique, son renforcement politique en zone post-sovitique est vital.

    Dans ses grandes lignes, le trouble identitaire de la Russie a t aggrav d'une part, par les drives de la transition post-communiste et d'autre part, par la politique structurellement anti-russe de l'administration Bush. Dans le mme temps, la fdration de Russie a considrablement souffert des inerties de Guerre froide manifestes par les institutions internationales et de leur tendance expansive, au cur mme de son espace politique et au mpris de ses intrts. Cette opposition d'intrts sera, pour la priode future, un vecteur structurant de conflictualit et paralllement, l'origine de menaces non militaires et dominante politique, conomique ou informationnelle. Le gnral Gareev revient sur le caractre "non classique" (et dtourn) de ces nouvelles menaces : " 'L'exprience' de la dsagrgation de l'URSS, de la Yougoslavie, des 'rvolutions colores' en Gorgie, en Ukraine, en Kirghizie et dans d'autres rgions du monde est l pour nous convaincre que les principales menaces sont mises excution moins par des moyens militaires que par des moyens dtourns."91

    Malgr tout, la Russie s'efforce de maintenir - parfois, par le soft power - sa stratgie d'influence en zone post-sovitique, radicalement fragilise par la politique interventionniste de l'Occident et l'influence croissante de nouvelles puissances, comme la Chine, l'Inde, voire l'Iran et le Pakistan. "Dans ce contexte - prcise T. Gomart - l'influence de la Russie se heurte non seulement des obstacles internes l'espace post-sovitique, mais aussi aux influences exerces par des puissances cherchant prendre pied, selon des modalits diffrentes, dans tout ou partie de la zone."92 Et dsormais, Washington vise isoler certains Etats de la zone post-sovitique de l'influence russe, par le biais de stratgies coopratives ou partenariales renforces93 - comme l'attestent d'une part, le "partenariat stratgique" avec l'Ukraine et la "coopration militaire" avec la Gorgie et d'autre part, sa politique de rapprochement avec le Kirghizstan et l'Ouzbkistan (afin d'y rinstaller des bases militaires). D'une manire gnrale, il s'agit pour Washington de contrer toute tentative de retour russe dans son ancienne zone de domination. Et dans ce but, elle n'hsite pas instrumentaliser l'Otan, dont le champ d'action stratgique selon Brzezinski, "est appel s'largir l'espace eurasien"94. Et plus inquitant, ce dernier a revendiqu, en 2009, l'mergence d'une Otan globale - l'chelle du monde - et dote d'un contrle centralis des structures scuritaires rgionales. Car, au nom de sa destine manifeste, l'Amrique s'est auto-proclame gendarme international pour veiller sur l'Eurasie - donc, sur le monde - comme cela a t ritr par H. Kissinger : "Au cours de la dernire dcennie du XX sicle, la prpondrance des Etats-Unis a assur un rle irremplaable dans la stabilit du monde"95. Inquitante certitude.

    Un avenir radieux

    Ainsi, la restructuration identitaire de la Russie post-communiste est conditionne par l'volution, dans l'espace eurasien, des rapports de force fondant le nouvel ordre international, structurellement domin par l'idologie librale et le poids conomique - donc politique - des puissances occidentales. Car ces dernires, en contrlant les institutions financires majeures, verrouillent la gouvernance mondiale et en cela, la hirarchie de l'ordre international qui lui est associ - hirarchie qui dfinit le statut, donc le pouvoir gopolitique potentiel des diffrents Etats. Autrement dit, la renaissance russe est mdiatise, sur le plan international, par une structure de pouvoir informelle, fonde sur des considrations idologiques et stratgiques. En ce sens, la rmergence mondiale finale de la Russie est soumise d'une part, un enjeu idologique majeur, centr sur l'opposition de visions du monde spcifiques et d'autre part, un enjeu stratgique incontournable, centr sur l'opposition des intrts nationaux des Etats leaders.

    Aujourd'hui, aprs avoir retrouv ses repres politico-psychologiques, la Russie de Medvedev s'efforce - malgr la crise systmique - d'achever sa reconstruction conomique pour donner son peuple, la prosprit tant espre sous le communisme. Et selon l'expression de V. Poutine elle devra, terme, "retrouver son chemin propre, sur la voie de la rnovation"96, tout en prservant ses valeurs eurasiennes. Aprs s'tre longtemps gare sur les chemins idologiques de l'histoire, elle devra recentrer son projet conomique sur l'homme et la dimension sociale du dveloppement pour in fine donner, selon Gorbatchev, "une relle impulsion au facteur humain"97 - objet constant des rformes de l'ancien modle conomique sovitique. Et, pour reprendre l'expression de Che Guevara, ultime dfenseur d'un socialisme visage humain, cela revient "placer l'homme au centre"98. En cela, il s'agit de redonner sens au vieux rve de l'ordre social sovitique, sur la voie de l'avenir radieux.

    En dfinitive, il s'agit aussi de concentrer les efforts du peuple russe sur l'excution d'un projet socio-conomique spcifique, inspir d'une "troisime voie" eurasienne, entre le plan socialiste et le libralisme de march. Autrement dit, pour la Russie du 21 sicle, le vritable enjeu est la construction d'un modle alternatif de civilisation.

    Notes :

    1 "Dfense : la Russie doit tre suffisamment arme", D. Medvedev, 10/09/2009, www.fr.rian.ru.

    2 Selon le rapport du Congrs amricain, Washington aurait export, en 2008, pour 37,8 milliards de dollars d'armes contre seulement 3,5 milliards la Russie. Autrement dit, elle vendrait 10 fois plus d'armes dans le monde que la Russie, renforant ainsi sa premire place internationale. Et surtout, sous la pression du lobby militaro-industriel amricain, elle remporte une victoire spectaculaire dans la course aux armements initie, depuis la Guerre froide, contre la Russie. Rf. : "Washington affirme avoir vendu dix fois plus d'armes que la Russie", Revue de la presse russe du 8 septembre, Gazeta.Ru/Izvestia/Komsomolskaa pravda, 8/09/2009, www.fr.rian.ru.

    3 "Elargissement de l'OTAN: le prsident russe conseille d'tudier les ventuelles consquences", D. Medvedev, 2/04/2009, www.fr.rian.ru.

    4 "Russie-USA : la lutte antiterroriste entrave par les divergences en ex-URSS", H. Pirchner, 09/09/2009, www.fr.rian.ru.

    5 Ds le 8 dcembre 1991, Belovje, prs de Minsk, les dirigeants de la Russie, de l'Ukraine et de la Bilorussie constatent officiellement que "l'URSS cessait d'exister en tant que sujet du droit international et en tant que ralit politique". Rf. : Soulet J.F. (2000, pp. 223-224) : "L'Empire stalinien - L'URSS et les pays de l'Est depuis 1945", d. le Livre de poche.

    6 Cette stratgie de dstabilisation, de division et d'rosion de la puissance russe est clairement prne par Brzezinski, dans son fameux ouvrage, le Grand chiquier. Voir donc Brzezinski Z. (2000) : "Le grand chiquier - L'Amrique et le reste du monde", d. Hachette (1 d. : Bayard, 1997). Cette stratgie est reprise (et confirme) dans 2 ouvrages rcents de Brzezinski : "Le Vrai Choix", d. Odile Jacob (2004) et "L'Amrique face au monde", d. Pearson (2008).

    7 Kagan R. (2006, p. 159) : "La puissance et la faiblesse", suivi de "Le revers de la puissance", d. Hachette littratures, coll. Pluriel Actuel.

    8 Zinoviev A. (1999, p. 91) : "La grande rupture - sociologie d'un monde boulevers", d. L'Age d'Homme.

    9 "Moscou invite Washington abandonner l'hritage de la guerre froide", MID (ministre russe des Affaires trangres), 21/07/2009, www.fr.rian.ru.

    10 On peut mentionner : l'extension de l'Otan, l'installation de bases amricaines en Roumanie, en Bulgarie, au Kossovo, en Ouzbkistan et au Kirghizstan ; la dstabilisation de l'ex-Yougoslavie et l'indpendance (planifie) du Kossovo ; l'implantation du systme anti-missile ABM dans l'est-europen voire, terme, dans les ex-rpubliques sovitiques ; les "rvolutions" de couleur en Gorgie, en Ukraine et au Kirghizstan ; l'attitude hostile de l'Occident lors des crises tchtchne (depuis 1994), gorgienne (2008) et ukrainienne (2009) ; l'intervention occidentale croissante en zone post-sovitique et la construction de circuits nergtiques alternatifs, contournant la Russie... Sur l'ensemble de ces volutions, on doit souligner l'influence dterminante du stratge de la Guerre froide, Z. Brzezinski, concepteur d'une stratgie anti-russe et aujourd'hui conseiller du prsident Obama.

    11 Facon I. (2007, p. 10) : "Politique de dfense : les dbats sur la doctrine militaire et l'valuation de la menace", Journes d'Etudes, in Actes du 2 octobre 2007 : "Le projet de puissance de la Russie : enjeux, ralits et implications stratgiques", Fondation pour la Recherche Stratgique.

    12 "Obama entre idalistes et pragmatiques", I. Krammik, 20/07/2009, www.fr.rian.ru. La fille de l'ancien vice-prsident D. Cheney a accus Obama de "rviser l'histoire" lorsqu'il a affirm que la guerre froide avait pris fin, de manire pacifique, du fait de la dcision des ex-pays communistes, dont principalement l'Union sovitique.

    13 Kissinger H. (2004, p. 467) : "La Nouvelle Puissance Amricaine", d. Fayard, le Livre de Poche.

    14 "USA-Gorgie : pas de redmarrage avec Moscou aux dpens de Tbilissi", J. Biden, 23/07/2009, www.fr.rian.fr.

    15 Brzezinski (2008, p. 186), op. cit.

    16 Brzezinski, 2008, p. 191), op. cit.

    17 Brzezinski, 2000, p. 141), op. cit.

    18 De Tinguy A. (2007, p. 85) : "Espace post-sovitique : quelles sont les logiques de la politique russe ?", Journes d'Etudes, in Actes du 2 octobre 2007 : "Le projet de puissance de la Russie : enjeux, ralits et implications stratgiques", Fondation pour la Recherche Stratgique.

    19 "La Russie rpondra fermement en cas de menace contre ses intrts nationaux", D. Medvedev, 24/07/2009, www.fr.rian.ru.

    20 "Les Etats-Unis souhaitent une Russie puissante, pacifique et prospre", H. Clinton, 27/07/2009, www.fr.rian.ru.

    21 Gomart T. 2006, p. 8 : "Quelle influence russe dans l'espace post-sovitique ?", Le courrier des pays de l'Est, n 1055, mai-juin 2006 (pp. 4-13).

    22 Au dbut des annes 70, l'URSS aurait atteint, voir dpasser les Etats-Unis en termes de puissance nuclaire projetable. D'o, l'poque, la ncessit pour Washington de dfinir une stratgie visant puiser l'conomie sovitique et in fine, dstabiliser son rgime politique.

    23 Bensimon G. (1996, p. 259) : "Essai sur l'Economie Communiste", d. L'Harmattan.

    24 Gorbatchev M. (1990, p. 202) : "Perestroka - Vues neuves sur notre pays et le monde", J'ai Lu ( 1re d.: 1988).

    25 "Nuclaire : la bombe sovitique a permis d'viter la 3 guerre mondiale", A. Brich, 29/08/2009, www.fr.rian.ru.

    26 Cette primaut de la contrainte extrieure dans la politique sovitique est une thse dveloppe par Sokoloff. Voir donc Sokoloff G. (1976) :"L'Economie Obissante - dcisions politiques et vie conomique en URSS", Calman-Levy.

    27 Gorbatchev (1990, p. 300), op. cit.

    28 Romer J.P. (2007, p. 25) : "Stratgie russe : ruptures et continuits", Journes d'Etudes, in Actes du 2 octobre 2007 : "Le projet de puissance de la Russie : enjeux, ralits et implications stratgiques", Fondation pour la Recherche Stratgique.

    29 Marcou L. (1997, p. 17) : "Le crpuscule du communisme", Presses de Sciences Po.

    30 Fassio F. (1991, p. 105) : "La nature du communisme selon Alexandre Zinoviev", d. Arcane-Beaunieux.

    31 Soulet (2000, p. 29), op. cit.

    32 Lnine W.I. (1916) : "L'imprialisme, stade suprme du capitalisme", Moscou, d. du Progrs.

    33 Zinoviev A. (1983) : "Homo-soviticus", Julliard/l'Age d'Homme.

    34 Che Guevara E. (1965, p. 273) : "Le socialisme et l'homme Cuba", tome 1.

    35 Concept de scurit nationale de la fdration de Russie (2000), Dcret prsidentiel n24, 10 janv. 2000.

    36 De Tinguy (2007, p. 83), op. cit.

    37 Selon D. Medvedev, "les conditions pour le banditisme et l'extrmisme religieux ont t cres par la dsintgration de l'Etat, ils plongent leurs racines dans l'organisation de notre vie, le chmage, la pauvret (...)". Rf. : "Les leons de Beslan cinq ans aprs", M. Krans, 01/09/2009, www.fr.rian.ru.

    38 Fedorovski V. (2007, p. 192) : "De Raspoutine Poutine - les hommes de l'ombre", d. Perrin

    39 "Russie : les revenus de la population en chute libre", 31/08/2009, www.fr.rian.ru.

    40 Marcou (1997, p. 112), op. cit.

    41 Kagan (2006, p. 69), op. cit

    42 En 1998, la croissance conomique russe est encore de - 4,6 % avant d'amorcer une reprise en 1999 : + 5,4 %. Sources : GOSKOMSTAT et Banque Centrale de Russie.

    43 De Tinguy (2007, p. 89), op. cit.

    44 IDS : Initiative de dfense stratgique. C'est un projet lanc le 23 mars 1983 par R. Reagan et destin crer un bouclier spatial anti-missiles, protgeant l'Amrique de la menace nuclaire sovitique. Ce programme a prfigur l'actuel projet anti-missiles ABM, tendu l'est-europen.

    45 Zinoviev en a la preuve et affirme : "J'ai lu des documents, particip des tudes qui, sous prtexte de combattre une idologie, prparaient la mort de la Russie". Rf. : Zinoviev (1999, pp. 89-90), op. cit.

    46 Les dernires manuvres provocantes de l'Otan, dans le cadre de ce partenariat - et avec la participation d'anciens Etats sovitiques - ont eu lieu en mai 2009 en Gorgie ( !), ex-rpublique stratgique de l'URSS... A. Tsyganok, directeur du Centre de prvisions de l'Institut d'analyse politique et miliaire, a affirm que ces manuvres de l'Otan avaient "un caractre nettement anti-russe dans le contexte du conflit d'aot dernier dans le Caucase du sud". Rf. : "Russie-Otan : l'Alliance devrait annuler ses exercices en Gorgie", A. Tsyganok, 13/04/2009, www.fr.rian.ru.

    47 "Moscou oppose l'largissement artificiel de l'Otan", S. Lavrov, 26/03/2009, www.fr.rian.ru.

    48 "Otan : les Etats-Unis appuient le dsir de l'Ukraine d'intgrer l'Alliance", J. Biden, 21/07/2009, www.fr.rian.ru.

    49 "Biden Tbilissi: Washington aidera la Gorgie intgrer l'OTAN", 23/07/2009, www.fr.rian.ru.

    50 "Les Etats-Unis prts rarmer la Gorgie", 24/07/2009, www.fr.rian.ru.

    51 "Caucase : la Russie ne tolrera aucune 'aventure militaire' ", V. Poutine, 26/08/2009, www.fr.rian.ru.

    52 "En ralit, 'l'action prventive', c'est ce que l'administration Bush a fait en Irak, intervenir avant mme que la dcision de frapper ait t prise par une puissance potentiellement hostile, et peut tre avant." Rf. : Kagan (2006, p. 217), op. cit.

    53 Cit par Kagan (2006, p. 239), op. cit.

    54 Marcou (1997, p. 96), op. cit.

    55 Mazet M. (2007, p. 153) : "La Russie et ses marges : nouvel empire ?", d. Ellipses.

    56 La chute du rouble et le krach financier - associs la soumission politique de B. Eltsine la volont amricaine de "dmilitariser" la Russie - expliquent la rduction drastique du budget militaire : en 1999, il tait de 20 fois infrieur (en dollars) celui des Etats-Unis. Rf. : Loupan V. (2000, p. 166) : "Le Dfi russe", d. des Syrtes. Pour mmoire, rappelons que sous le rgime sovitique, les dpenses d'armement taient estimes entre 15 % (CIA amricaine) et 25 % du PIB (E. Chevarnadz, ancien ministre des affaires trangres), soit entre trois et cinq fois le taux amricain (5 % du PIB). Rf. : Soulet (2000, p. 162), op. cit.

    57 Fedorovski (2007, p. 173), op. cit.

    58 Concept de scurit nationale de la fdration de Russie (2000), op. cit.

    59 "Arme russe : Medvedev fixe les priorits", Rossiiskaa gazeta, 21/07/2009, www.fr.rian.ru.

    60 "La Russie modernisera son arsenal nuclaire", V. Verkhovtsev, 04/09/2009, www.fr.rian.ru.

    61 "Charges nuclaires : le dcalage de la Russie doit demeurer important", S. Karaganov, 1/07/2009, wwww.fr.rian.ru.

    62 Gronimo J. (2007) : "Le retour de l'atome rouge', Revue regard sur l'Est, 30/09/2007. Papier publi galement (en russe) dans la revue bilorusse de gopolitique "Bechik", n 2, 2008 (pp. 105-108), la Revue Eurasia, n 4, 2009 et sur geostrategie.com.

    63 Gareev M. (2007, p. 6) : "La Russie sera l'arbitre gopolitique des conflits venir", 26/01/2007, www.voltairenet.org.

    64 "ABM : le renoncement des Etats-Unis serait un 'grand pas en avant' ", V. Poutine, 03/07/2009, www.fr.rian.ru.

    65 Gareev (2007, p. 3), op. cit.

    66 "Quel nouveau concept stratgique pour l'Otan ?", F. Loukianov, 04/09/2009, www.fr.rian.ru.

    67 Kagan (2006, p. 138), op. cit.

    68 "La gouvernance unipolaire est illgitime et immorale", discours de V. Poutine la confrence de Munich, 13/02/2007, www.voltairenet.org.

    69 Kagan (2006, p. 46) op. cit.

    70 Sous l'impulsion russe, le renforcement de l'alliance politico-stratgique OCS (Organisation de coopration de Shanghai) semble justifi et, selon une logique d'quilibre stratgique, adapt l'avance provocante de l'Otan en zone post-sovitique. L'organisation de Shanghai est une organisation rgionale qui regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, la Kirghizie, le Tadjikistan et l'Ouzbkistan. Elle a t cre Shanghai les 14 et 15 juin 2001 par les prsidents des six pays eurasiatiques. D'autre part, l'OTSC (Organisation du Trait de scurit collective), regroupe actuellement sept Etats - Armnie, Bilorussie, Kazakhstan, Kirghizie, Tadjikistan, Russie et Ouzbkistan - qui couvrent prs de 70% du territoire de l'ex-URSS. Elle est politiquement domine par la Russie. Le trait de scurit collective a t sign en 1992 et faisait alors figure de bras arm de la CEI, luttant notamment contre le terrorisme et la mafia ; par la suite, elle a tendu son action la sphre politico-stratgique. Aujourd'hui, avec le dclin de la CEI, l'OTSC reste trs active en Asie centrale et apparat dsormais comme le complment politico-militaire de la communaut conomique eurasienne (CEEA), qui regroupe la Russie, la Bilorussie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l'Ouzbkistan et le Tadjikistan.

    71 "Russie-Otan : Moscou dnonce les vellits expansionnistes de l'Alliance", S. Riabkov, 20/03/2009, www.fr.rian.ru.

    72 Facon (2007, p. 10), op. cit.

    73 "Zapad : 19 ans de manuvres de grande envergure aux portes de l'Occident", I. Kramnik, 09/09/2009, www.fr.rian.ru.

    74 "Otan-Russie : la reprise de la coopration ne profite qu' l'Alliance", L. Ivachov, 29/06/2009, www.fr.rian.ru.

    75 "La gouvernance unipolaire est illgitime et immorale", V. Poutine, 13/02/2007, op. cit.

    76 Depuis 2009, l'Europe conduit une politique particulirement active en zone post-sovitique, dans une rgion qu'elle appelle dsormais "le voisinage partag". Par ce biais, elle s'octroie un droit de regard et d'intervention menaant les prrogatives russes au cur mme de son espace historique.

    77 Par exemple l'initiative de la dette PPTE (pour les pays pauvres et trs endetts) propose au Kirghizstan vise, de manire implicite, dconnecter ce pays de l'influence (et de la culture) russe et imposer un modle libral de dveloppement. En quelque sorte, il s'agit de crer une nouvelle dpendance (politique) l'gard de l'Occident. Sur ce thme, voir : Gronimo J. (2007) : 'Les leviers d'une stratgie anti-russe', Nouvelles Fondations - La Revue, n 6, juillet 2007. Papier publi (en russe) dans la Revue "Obshestevennyi Reiting", Bichkek, Kirghizistan (19/04/2007) et www.cairn.info

    78 GUAM (Gorgie, Ukraine, Azerbadjan, Moldavie) : alliance politique, conomique et stratgique destine renforcer, hors de la tutelle russe, l'indpendance et la souverainet de ses pays membres. En fait, cette alliance est une instrumentalisation amricaine oriente contre la Russie

    79 "Washington promouvra l'indpendance de l'Asie centrale", W. Burns, 24/07/2009, www.fr.rian.ru.

    80 Brzezinski (2008, p. 199), op. cit.

    81 Brzezinski (2004, p. 98), op. cit.

    82 Zinoviev (1999, p. 103), op. cit.

    83 Gareev (2007, p. 5), op. cit.

    84 "Caucase du Nord : intensifier la lutte contre le terrorisme", D. Medvedev, 19/08/2009, www.fr.rian.ru.

    85 "Caucase du Nord : les terroristes manipuls depuis l'tranger", V. Vassiliev, 17/07/2009, www.fr.rian.ru.

    86 Fontanel J. (1998, p. 6) : "L'conomie russe, ou la transition douloureuse" in "L'avenir de l'conomie russe en question", PUG (sous la direction de).

    87 Cit par Loupan (2000, p. 215), op. cit.

    88 Cit par Loupan (2000, p. 214), op. cit.

    89 "Les Etats-Unis souhaitent une Russie puissante, pacifique et prospre", 27/07/2009, www.fr.rian.ru.

    90 Brzezinski (2008, p. 208), op. cit.

    91 Gareev (2007, p. 4), op. cit.

    92 Gomart (2006, p. 11), op. cit.

    93 Les Etats (principalement) concerns sont: l'Armnie, l'Azerbadjan, la Gorgie, l'Ukraine, le Kirghizstan et, depuis peu, la Bilorussie qui s'est loigne de Moscou.

    94 Brzezinski (2004, p. 296), op. cit.

    95 Kissinger (2004, p. 13), op. cit.

    96 Cit par Loupan (2000, p. 212), op. cit.

    97 Gorbatchev (1990, p. 33), op. cit.

    98 "El Che en la revolucion cubana", La Habana, ediciones del Minaz, t. 6, p. 562.

    Jean Geronimo : Docteur en Sciences conomiques. Spcialiste de l'URSS et des questions russes. Mail : Jean.Geronimo@upmf-grenoble.fr


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